« Sauvages de ma rue »

« Sauvages de ma rue » est un programme qui permet aux citadins de reconnaître et faire connaître la flore de leur trottoirs

 

Dans les villes, les trottoirs sont les espaces réservés aux piétons de chaque côté des rues. Ils sont séparés de la chaussée par un caniveau et une bordure. La présence de plantes sur ce territoire n’est pas mentionnée dans sa définition et pourtant ! Rares sont les trottoirs vierges de tout végétaux, même en plein centre-ville. Pour s’en convaincre, il faut vraiment porter son attention sur les fissures de bitume, les interstices entre les pavés, les pieds des murs… de cet espace particulier. On s’aperçoit alors que de nombreuses plantes habitent les trottoirs, même ceux qui paraissent les plus inhospitaliers.

 

C’est à cet exercice que quelques centaines de citadins se sont pliés, en participant en 2011 et 2012 au programme « Sauvages de ma rue » proposé par le Muséum National d’Histoire Naturelle dans le cadre d’un projet de sciences participatives plus large : Vigie-Nature. L’objectif des chercheurs responsables du projet était de proposer aux volontaires d’apprendre à reconnaître la flore de leur ville, et en retour, de leur demander d’envoyer des données sur les plantes de leur rue. Leur recherche porte sur le fonctionnement de la biodiversité en ville et, pour alimenter leurs modèles théoriques, ils ont besoin de nombreuses données. Solliciter le grand public, est un moyen unique d’avoir accès à des observations faites sur un grand nombre de trottoirs, dans de nombreuses villes et de pouvoir faire des analyses statistiques solides. Il s’agit de savoir quels sont les facteurs qui améliorent l’état de la biodiversité urbaine, sachant que la qualité de vie des citoyens est étroitement liée à la qualité de cette biodiversité. La seule condition pour disposer de données valides est que les observateurs respectent rigoureusement les protocoles proposés par les chercheurs. Ainsi des comparaisons pertinentes peuvent être effectuées, entre rues, entre quartiers, entre villes, en fonction de certaines pratiques de gestion.

 

Les premières analyses statistiques sur les données récoltées par les bénévoles en 2011 en Île-de-France montrent que le nombre d’espèces végétales poussant sur les trottoirs dépend essentiellement de la longueur de l’espace échantillonné, mais surtout de la structure du trottoir. Etait-il pourvu d’arbres d’alignement avec des pieds d’arbres végétalisés ? De petits espaces engazonnés ? Auquel cas on pouvait y trouver 3 à 4 fois plus d’espèces que les trottoirs sur lesquels aucune place n’était sciemment laissée disponible à la végétation. Il semble également que la qualité des espèces variait suivant la localisation de celui-ci au sein de la ville : qu’il se situe au centre de Paris ou en périphérie, en grande banlieue. Une proportion moindre de plantes entomophiles : pollinisées par les insectes, étaient trouvées sur les trottoirs de centre-ville par rapport à celles pollinisées par le vent. D’autres analyses sont en cours pour connaître leur tolérance vis-à-vis de la sécheresse, de la chaleur ou autres traits biologiques.

 

On le voit, les données récoltées par les amateurs contribuent à répondre à des questions fondamentales en écologie urbaine. Elles fournissent aussi des données très utiles pour les gestionnaires des villes. Mais quel peut-être le bénéfice retiré par les observateurs ? Une enquête ethnologique auprès d’une vingtaine d’entre eux a montré qu’ils avaient particulièrement apprécié d’avoir pu mettre un nom sur des plantes qu’ils voyaient tous les jours et inversement d’avoir pu faire le lien entre des noms qu’ils connaissaient et des plantes qu’ils n’avaient jamais remarquées. Ils se sont montrés très surpris par le nombre d’espèces différentes qui poussaient dans leurs rues. Jamais ils n’auraient imaginé une telle diversité sur le pas de leur porte. Leur satisfaction portait également sur le fait d’avoir pu, à l’occasion d’une activité ludique avec leurs enfants ou petits-enfants, participer à un programme scientifique d’ampleur national.

 

 

Les chercheurs du Muséum National d’Histoire Naturelle réfléchissent déjà aux protocoles qu’ils proposeront aux citadins en 2013 pour que ceux-ci afin que ces derniers se mobilisent et continuent à apporter des données sur la flore de leur ville pour une meilleure connaissance du fonctionnement de la biodiversité et sa préservation.

 

Photo 1 : Des vergerettes du Canada devant une grille de garage à Massy (Essonne)
Photo 2 : Flore d’un pied d’arbre à Epinay-sur-Orge (Essonne)

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